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À partir d’avant-hierMusique

FKA Twigs exhorte le Congrès américain à légiférer sur l’intelligence artificielle

Par : Théo Lilin
2 mai 2024 à 13:01

Sous le dôme du Capitole, entre les murs du Congrès américain, c’est bien la vraie FKA Twigs qui a témoigné. Avec le soutien du label Atlantic Records et du patron de Warner Music, assis à ses côtés lors de l’audition, l’artiste a témoigné en préambule d’une sous-commission judiciaire organisée ce mardi sur le thème de la propriété intellectuelle.

La chanteuse et compositrice britannique a profité de sa prise de parole pour annoncer qu’elle planche depuis un an sur la création de son propre deepfake.

Twigs twin

L’artiste envisage de déléguer ses “interactions en ligne” à AI Twigs pour se consacrer pleinement à sa musique et, surtout, prendre le contrôle de cette nouvelle technologie qui manque selon elle d’un cadre législatif. Selon la chanteuse, cette copie en version deepfake a été entraînée pour reproduire le même ton de sa voix, de façon à pouvoir parler plusieurs langues, et formée pour correspondre à sa personnalité.

C’est au cours du processus de création de sa jumelle numérique que FKA Twigs a réalisé toute la puissance de l’intelligence artificielle. Et du besoin, en tant qu’artiste, de protéger son identité.

De vraies lois contre les deepfakes

Voilà plus d’un an que l’intelligence artificielle s’impose dans les débats autour de la propriété intellectuelle, notamment dans la musique. En 2023, la chanteuse et DJ Grimes confiait voir d’un bon œil cette déferlante de faux morceaux, utilisant le deepfake pour créer de toutes pièces des featurings improbables – The Weeknd et Drake, ou Kanye interprétant Careless Whisper. “Je pense que c’est cool d’être fusionné avec une machine et j’aime l’idée d’ouvrir toutes les sources d’art et de supprimer les droits d’auteur”, assurait-elle sur son compte X.

Autant dire que son point de vue sur la question est très loin de faire l’unanimité. Récemment, pas moins de 200 artistes ont signé une lettre ouverte pointant du doigt les dérives de l’intelligence artificielle, susceptible de dévaloriser leur musique et faillir à leur juste rémunération. Un élan commun qui fait écho à la prise de parole de Tahliah Debrett Barnett, mardi 30 avril devant le Congrès.

“Mon art est la toile sur laquelle je peins mon identité et le fondement de ma subsistance, a déclaré FKA Twigs. C’est l’essence même de mon être. Pourtant, il est menacé. L’IA ne peut pas reproduire la profondeur de mon parcours, mais ceux qui la contrôlent ont le pouvoir d’imiter la ressemblance de mon art, de le reproduire et de revendiquer faussement mon identité et ma propriété intellectuelle.”

L’artiste conjure le gouvernement américain de mettre en place de vraies lois autour de la propriété intellectuelle des artistes et ainsi d’apporter “un contrôle législatif approprié”.

Les Flammes saison 2 : Aya Nakamura porte haut les voix des musiques populaires

Par : Théo Lilin
26 avril 2024 à 16:06

20 heures, le tapis rouge, les caméras et les micros tendus sont de sortie aux abords du théâtre du Châtelet, bouillonnant de monde. Derrière les barrières, une petite foule de fans espèrent capter sur leurs téléphones le passage des artistes, venus ce soir célébrer les musiques populaires. Pour la deuxième année consécutive, Les Flammes, organisée par Yard et le média Booska-P, a récompensé celles et ceux qui ont fait marcher l’industrie cette année : artistes, compositeur·ices, producteur·ices de spectacles, labels, chanteur·euses…

Les Flammes, théâtre d’expression

Derrière les costumes tirés à quatre épingles et les poignets diamantés, bien plus qu’une soirée dédiée à la musique, la cérémonie des Flammes a aussi, et surtout, été une belle occasion pour quelques beaux hommages et des prises de paroles utiles et galvanisantes. À l’instar des mots de l’humoriste Waly Dia, contre les récents propos racistes tenus sur Aya Nakamura (à l’annonce de sa potentielle participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris) : “Le problème, ce n’est pas la musique, le problème, c’est qu’Aya, c’est une femme, noire, qui leur donne pas l’heure.” La messe est dite.

Notons aussi les nombreux hommages et les prises de paroles sur scène en soutien aux populations palestiniennes. Et surtout l’émouvante et solennelle prestation du rappeur Médine, venu interpréter Gaza Soccer Beach, “où les tirs se poursuivent même quand l’arbitre siffle”.

Aya Nakamura triple gagnante

Sans surprise – car nommée dans pas moins de six catégories –, Aya Nakamura est rentrée les bras chargés, récompensée de la Flamme de l’artiste féminine de l’année, la Flamme du rayonnement international et la Flamme de la nouvelle pop. Parmi les trophées les plus convoités, les rappeurs Hamza et Werenoi remportent respectivement la Flamme Spotify de l’année et la Flamme de l’album rap de l’année. Découverte avec le single Citadelle, Merveille obtient la Flamme de la révélation féminine. Shay de son côté récupère la Flamme du meilleur clip pour Commando, inspiré de l’esthétique du film Sin City. Le palmarès complet de la deuxième cérémonie des Flammes est à retrouver ci-dessous.

Flamme Spotify : Sincèrement de Hamza
Artiste masculin : Gazo
Artiste féminine : Aya Nakamura
Album rap : Carré de Werenoi
Album nouvelle pop : DNK d’Aya Nakamura
Rayonnement international : Aya Nakamura
Révélation féminine : Merveille
Révélation masculine : Favé
Clip : Commando de Shay
Concert : SCH
Performance rap : Freestyle LVL Up Vol. 1 de Ninho
Featuring : Meridian de Dave & Tiakola
Engagement social : Zamdane
Morceau de musiques africaines ou d’inspiration africaine : Petit Génie de Jungeli, Imen Es, Alonzo, Abou Debeing et Lossa
Morceau caribéen ou d’inspiration caribéenne : Doliprane de Kalash
Flamme éternelle : DJ Kore
Morceau R’n’B : Dernier je t’aime de Josman & Monsieur Nov

Compositeur : Boumidjal X

Billie Eilish, PJ Harvey, Nirvana… Voici 11 pochettes d’album qui prennent l’eau

Par : Théo Lilin
19 avril 2024 à 10:11

Spleen et résilience

Billie Eilish – Hit Me Hard and Soft

Tout récemment, lors d’une soirée organisée à Coachella – où elle a aussi été invitée sur scène par Lana Del Rey pour interpréter deux morceaux –, Billie Eilish a dévoilé quelques extraits de son nouveau disque à une poignée de chanceux. La pochette du futur album en question a de quoi attirer. On y voit la chanteuse, sous l’eau, se laisser engloutir dans l’obscurité sous-marine. Ici le bleu de l’eau, conjugué à l’immobilisme de Billie, renvoie au spleen, à la mélancolie propre à l’effacement et au lâcher-prise. Par désespoir ? Par impuissance ? Ou alors par besoin de laisser le temps au temps ? Réponses le 17 mai.

Hamza – Paradise

Paradise est un refuge, où les humeurs s’entrecroisent à l’envi : la sensualité dans Validé, le spleen suivi de très près par l’exultation dans Minuit 13, ou encore la fièvre mâtinée d’égotrip dans Meilleur. Le prince belge traduit tout ça par le bleu de sa pochette, où on le voit, à la manière de Billie, s’abandonner et s’enfoncer sous la surface de l’eau, empreint d’une même lassivité que celle employée pour dérouler son flow teinté d’alcool quand il lance “Quand j’bois le Henny, le Henny me noie”. Que ce soit en vidant sa teille ou dans l’eau, Hamza noie ses émotions dans l’un de ses disques les plus introspectifs.

Gunna – Drip or Drown 2

Drip or Drown est une invective, celle-là même que 50 Cent lançait dans le titre de l’album Get Rich or Die Tryin’ (comprendre “devenir riche ou mourir”). Le drip – terme utilisé pour qualifier cette culture de l’ostentatoire, le show off manifesté par des vêtements haute couture et des bijoux diamantés – est une voie obligatoire pour le trappiste Gunna. Ironiquement, sur la pochette de son album, on le voit debout au fond de l’eau, sapé comme comme un jour de Fashion week, résigné à survivre à toutes les épreuves pour mener la vie en drip.

Urgence écologique

Weyes Blood – Titanic Rising

La mélancolie, l’impuissance face au climatoscepticisme ambiant, l’effondrement inéluctable du monde que l’on connaît : autant de sentiments que Weyes Blood tente de transmettre dans Titanic Rising. Rencontrée en 2019 par Les Inrocks à l’occasion de la sortie de son album, la chanteuse se confiait ainsi à propos du dérèglement climatique : “Aujourd’hui nous faisons fondre les icebergs et couler la civilisation.” En écho à ces déclarations, Weyes Blood a reproduit pour la pochette de son disque sa chambre d’adolescente, plongée dans une piscine, où elle apparaît, flottant en jean et t-shirt.

Björk & Rosalía – Oral

Parmi les rencontres les plus inattendues de l’année passée, figure en bonne place le couple Björk-Rosalía, unies en musique autour de la lutte contre la pisciculture intensive. Sur le single Oral, elles dénoncent l’élevage intensif de saumons en Islande, qui porte largement atteinte à la biodiversité – tous les revenus générés par le titre sont reversés à Aegis, une association à but non lucratif co-créée par Björk. Sur la pochette du morceau, les deux chanteuses sont représentées en coraux, parées de perles et de coquillages.

Vision onirique

Simo Cell – Cuspide des Sirènes

Dans Cuspide des Sirènes, le DJ et producteur nantais Simo Cell raconte sur des airs électroniques, empruntés au dubstep et à la techno, une vie aquatique pleine de glitchs organiques (prelude to a quest), de samples de voix déconcertants (polite rudboi) et de reliefs. La pochette, réalisée par l’artiste chinoise RINIIFISH, représente bien la dimension expérimentale qu’entend donner l’artiste du début à la fin du disque. Un voyage riche et onirique, produit par Lurka, éminence de la scène électronique de Bristol.

Mac DeMarco, Haruomi Hosono – Boku Wa Chotto

En février, Mac DeMarco dévoilait une nouvelle reprise de la légende japonaise Haruomi Hosono, Boku Wa Chotto. Le titre figurera sur une compilation qui sera publiée cette année par le label Stones Throw, pour les 50 ans de l’album Hosono House. La pochette a déjà été dévoilée : celle-ci reprend les traits de Hosono issus du disque original, ici stylisé en dessin, où l’on distingue la silhouette de l’artiste qui se dessine sur l’eau.

Évasion et rêverie

Blur – The Great Escape

Sorti en 1995, en proie aux flots de la britpop bouillonnante de l’époque, The Great Escape est le dernier disque de Blur avant un léger changement de cap symbolisé par son disque éponyme sorti deux ans plus tard. Un quatrième album comme un voyage, où l’on plonge volontiers comme le montre sa couverture. À rebours des pochettes précédentes, celle-ci montre l’autre côté de la scène, hors de l’eau cette fois-ci.

PJ Harvey – To Bring You My Love

Dans une référence à Ophelia, personnage de Hamlet peint par le Britannique John Everett Millais, PJ Harvey flotte à la surface de l’eau sur la pochette de To Bring You My Love. Signe des variations que compose ce disque – entre désir, liberté et solitude –, le visuel de l’album fait ressortir des nuances de couleurs variées au-dessus (et dans) l’eau : le rouge de ses lèvres et de sa robe, ses cheveux noirs, le blanc de sa peau. Dans le clip de Down by the Water, on la retrouve d’ailleurs sous l’eau.

Menace

Thundercat – Drunk

Sur le papier, la référence semble évidente, tant elle a été exploitée en long, en large et en travers : avec ce visage à moitié immergé dans l’eau, la pochette de Drunk peut rappeler à plus d’un une scène du film Apocalypse Now. Pour les besoins de ce visuel, Thundercat, de son vrai nom Stephen Lee Bruner, fut photographié par Eddie Alcazar dans une piscine, le soleil couchant en fond.

Nirvana – Nevermind

Peut-être la pochette plus évidente de toute cette sélection (et de nombreuses fois évoquée ici, jusqu’en couverture du premier numéro des Inrockuptibles de retour en version mensuelle, en 2021). On parle bien sûr de Nevermind, album iconique pour un groupe qui l’est tout autant. Avec ce nouveau-né qui tente d’attraper un billet, ce visuel symbolise – selon les dires de la formation d’Aberdeen – les ravages du capitalisme et de la société de consommation américaine.

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