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À partir d’avant-hierCinéma – Les Inrocks

4chan devient “The Antisocial Network” sur Netflix

Par : Léo Moser
5 avril 2024 à 10:59

C’est à l’origine un forum anglophone, lancé en 2003 par l’internaute américain Moot (de son vrai nom Christopher Poole) sur le modèle du site de partage d’images japonais 2channel. D’abord dédié à la diffusion et au partage d’images en lien avec la pop culture japonaise, les jeux vidéo et des anime plus ou moins underground (une place de choix est réservée aux hentai, les mangas à caractère pornographique), 4chan devient, au mitan des années 2000, un temple de la culture web et de l’anonymat en ligne, une formidable usine à mèmes, et le repère d’une communauté informelle et souvent peu recommandable (majoritairement constitué de jeunes hommes), où se côtoient pêle-mêle otakus désocialisés, trolls narquois, hacktivistes variablement politisés, incels rompus au harcèlement en ligne et complotistes illuminé·es.

Qui sont les 4channer·euses ?

En vingt ans d’existence, 4chan aura charrié le pire et le moins mauvais, défrayé maintes fois la chronique, infléchi de grandes tendances sociétales, et posé les bases d’une réflexion de fond sur les périls (et les rares bienfaits) de l’anonymat en ligne.

Documentaire Netflix s’attachant à radiographier le plus objectivement possible 4chan, The Antisocial Network remonte la généalogie du site pour pister les grands jalons de son existence, conjointement très courte (en temps humain) et prodigieusement longue (en temps internet). À travers les témoignages d’internautes, de 4channer·euses (repenti·es ou pratiquant·es) et de journalistes ayant chroniqué ses mutations, on suit notamment la création d’Anonymous, collectif de cyberactivistes dont les coups d’éclat médiatisés (les cyberattaques visant l’église de scientologie, Occupy Wall Street…) ne sont que la partie immergée d’un iceberg autrement plus complexe. Né d’un schiste de la communauté 4chan, Anonymous était originellement un groupe informel d’internautes, tendance trolls, sans structure véritable, prônant le sacro-saint anonymat en ligne, et se ralliant derrière des signes distinctifs aux allures de blagues cryptiques.

Le sociotype du 4channer que dresse The Antisocial Network est d’ailleurs l’un des grands intérêts du docu : jeune homme marginalisé et geek prototypique qu’une désocialisation aiguë a rendu perméable à un humour subversif ultra-référencé (avec sa galaxie de mèmes et de codes incompréhensibles pour les profanes) glissant dangereusement, sous couvert d’une liberté d’expression élevée en précepte, vers la misogynie crasse, le complotisme aveuglé et le racisme décomplexé (tétanisantes images d’archives de conventions 4chan montrant des utilisateurs mimer des viols ou des saluts nazis, comme autant de signes de ralliement d’une “culture du lol” devenue monstrueuse).

Quand la farce tourne mal

Pas étonnant que Donald Trump, en vue de l’élection présidentielle de 2016, ait massivement et insidieusement investi 4chan, trouvant dans ses utilisateur·ices des portes-voix idoines. Si bien qu’une partie de la fameuse Trump’s Troll Army, née sur 4chan, se persuade que l’élection de l’homme d’affaires est de leur fait, là où ils n’en ont été que des outils, sciemment utilisés le clan trumpiste.

De repère à geeks rigolard·es, devenu un pilier de la sous-culture web, à tremplin pour théories conspirationnistes délétères (comme la création QAnon, simple canular devenu une mouvance complotiste, et ayant joué un rôle majeur dans l’assaut du Capitole en janvier 2021), en passant par bastion pour hacktivistes prônant l’anonymat et défiant les institutions, 4chan a incarné comme aucun autre site ou réseau social, 2 décennies de Far West virtuel, créant ses propres règles et langages, souvent cryptiques, à la périphérie du monde IRL (in real life). Malgré son format ramassé et quelques raccourcis, The Antisocial Network en dresse un portrait tour à tour fascinant et monstrueux.

The Antisocial Network : Mèmes à retardement, disponible sur Netflix

“Le Salaire de la peur” : une version Netflix néo-beauf et gentiment décérébrée

2 avril 2024 à 07:21

Nous ne sommes plus en Amérique du Sud, mais dans un décor de désert, dans un pays fictif d’Afrique du nord ou du Moyen-Orient, en proie à une violente révolution qui crée un climat d’instabilité généralisée. Il y a bien un puits de pétrole, un incendie qui éclate, et le projet terrifiant de l’éteindre par une explosion de nitroglycérine transportée par camion. C’est à peu près tout.

Pour le reste, Le Salaire de la peur version Netflix vient surtout apposer sur ces prémisses un cahier des charges d’actioner beaufisant au mieux gentiment décérébré, au pire en délit de corruption criminelle des enjeux de l’œuvre originale.

Netflix France serait-il le nouvel Europacorp ?

/MCar au risque de divulguer des éléments clé de l’intrigue (si vous souhaitez vous en prémunir, interrompez dès ici votre lecture), il faudrait d’abord préciser ceci : Le Salaire de la peur, que ce soit dans le roman de Georges Arnaud, dans sa première adaptation par Henri-Georges Clouzot sous le même titre, ou dans sa seconde par William Friedkin (Sorcerer), ce n’est pas du tout, du tout, une affaire de héros qui auraient quelque chose à sauver autre qu’eux-mêmes. La question de l’héroïsme est totalement, presque moralement absente de cette histoire fondamentalement pessimiste, individualiste et mortifère : celle d’hommes abandonnés, coincés en enfer, risquant aveuglément leur vie pour en sortir, et qui vont justement tous y passer.

Des principes piétinés par cette nouvelle mouture où le convoi n’est pas une caravane de mâles déchus et fantomatiques, mais un attelage classiquement néo-beauf de héros patriarcaux, des frères ennemis, des pères de famille, des requins bien intègres aux dents longues, des hommes debout avec des métiers virils et des femmes à impressionner. Une ambiance de mauvais Fast and Furious, voire de bessonade 90’s (Eric Serra à la musique réveille tout un souvenir perdu du pire cinéma d’exploitation français bankable à l’international – Netflix France serait-il le nouvel Europacorp ?), parcourt le résultat d’un film qui semble à peine au courant de la noirceur profonde dont il hérite si mal.

Un gag ?

Preuve ultime de son illégitimité éclatante : il a semble-t-il oublié en chemin le seul moteur de tension caractéristique de son intrigue, la terrifiante instabilité du chargement, qui de chaque nid-de-poule, de chaque coup de frein, de la moindre collision la perspective d’une mort instantanée dans un flash de nitroglycérine.

Or tous les dangers menaçant le convoi sont ici externalisés : checkpoint terroriste, champ de mine, trahisons entre convoyeurs… à tel point qu’on finit par vivre le film comme si les camions transportaient des légumes primeurs, sur des routes par ailleurs parfaitement carrossables. Presque un gag.

Le Salaire de la peur de Julien Leclercq avec Franck Gastambide, Alban Lenoir, Sofiane Zermanisur Netflix

Greta Gerwig rejoint le casting du prochain film de Noah Baumbach

19 mars 2024 à 10:47

Après leur récente collaboration derrière la caméra pour Barbie, Greta Gerwig va à nouveau jouer pour son compagnon, Noah Baumbach, dans son nouveau film. Elle était déjà à l’affiche de ses précédents films Greenberg, Frances Ha, Mistress America et White Noise.

Pour ce nouveau projet, la présidente du prochain jury du Festival de Cannes vient s’ajouter à une liste déjà longue d’acteur·ices remarquables. Parmi les plus connu·es, George Clooney, Adam Sandler, Laura Dern, que le réalisateur retrouve après Marriage Storyn ou encore Riley Keough (Under the Silver Lake, Daisy Jones and The Six) et l’actrice italienne actuellement à l’affiche de Hors-Saison, Alba Rohrwacher.

Retour à la maison Netflix 

Avec ce film, Greta Gerwig retrouve la plateforme de streaming avec qui elle a récemment signé pour réaliser une nouvelle adaptation de la saga Narnia. Mais, ce long métrage marque surtout les retrouvailles entre Noah Baumbach et Netflix pour un nouveau partenariat après plusieurs projets collaboratifs (The Meyerowitz Stories, Marriage Story et White Noise).

Aucune date de diffusion n’a encore été annoncée pour son nouveau film, dont tout ce qu’on sait est qu’il devrait évoluer autour “du passage à l’âge adulte”.

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