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À partir d’avant-hierMusique – Les Inrocks

Cola Boyy, brillant musicien californien, est mort

19 mars 2024 à 09:38

Dans le parcours de Cola Boyy, tout ou presque faisait figure de singularité. Quand on le rencontrait à Paris en 2021 à l’occasion de la sortie de son premier album, le rayonnant Prosthetic Boombox, on se demandait ce que venait faire un disque de pop funk sur le label Record Makers, qui édite entre autres Sébastien Tellier et Kavinsky.

Avec Nicolas Godin (Air), Pierre Rousseau (ex-Paradis), Myd, Andrew VanWyngarden (MGMT) et Infinite Bisous à son générique, l’enregistrement avait de solides arguments autant qu’il séduisait à l’écoute. À l’image de l’indispensable single Don’t Forget Your Neighborhood (où s’invite The Avalanches pour en rajouter une couche), la musique de Cola Boyy sonnait comme une radieuse ode à l’émancipation en même temps qu’elle appelait à la résistance.

Still Matthew from the block

Car Matthew Urango n’était pas un idéaliste qui a oublié d’où il venait une fois le succès arrivé. Né en 1990 à Oxnard en Californie dans une famille modeste (d’un père afro-américain et d’une mère aux origines écossaise et portugaise), il était amputé d’une jambe et privé d’une partie de ses capacités pulmonaires à cause d’une malformation de sa colonne vertébrale. Discriminé à l’embauche et après avoir contracté une pneumonie, fatale de peu, dans le cadre d’un emploi précaire à Walmart, il avait finalement décroché une pension liée à son handicap lui permettant de se concentrer sur la musique.

Musicien depuis ses 10 ans, Matthew avait fait ses armes dans des petits groupes de punk au lycée : car Oxnard, en plus d’être la ville qui a vu grandir Madlib et Anderson .Paak, est surtout un vivier à scènes punk hardcore depuis les années 1970. Une décennie qui a beaucoup inspiré Cola Boyy, alors décidé à se tourner vers le disco en postant sur SoundCloud les démos qu’il bricolait depuis la chambre de chez ses parents.

Un modèle de politisation musicienne

En parallèle de son engagement dans des organisations antiracistes et populaires de sa ville, il s’est donc fait repérer par Record Makers, qui a édité, en 2018, son premier single, Penny Girl. Un petit succès à son échelle où la recette feel good-space age de Cola Boyy faisait déjà son effet, et qui a débouché sur un saillant EP la même année. Après deux autres singles (All Power to the People et une reprise de To Be Rich Should Be a Crime de Jeb Loy Nichols), où il partageait ses positions communistes-internationalistes, Cola Boyy était découvert par Andrew VanWyngarden, qui lui a offert d’assurer les premières parties de MGMT lors de la tournée pour l’album Little Dark Age. Un tremplin suffisant pour que Matthew se retrouve sur la scène du Pitchfork Festival de Paris en 2019.

En France – qu’il considérait comme sa maison secondaire –, il a eu l’occasion d’élaborer son premier disque, en même temps que sa curiosité l’a poussé à découvrir le sang neuf de la scène hexagonale. Mais surtout, ce premier disque a été l’occasion de cristalliser son engagement en un album : lui qui, comme il le disait à The Fader, voyait la musique comme son hobby et le militantisme comme son activité principale.

Prosthetic Boombox demeure toujours une leçon d’engagement artistique et Cola Boyy aurait mérité d’être perçu comme un modèle de politisation musicienne. En refusant de ne prêcher que des convaincu·es sans pour autant noyer son propos dans une trop grande abstraction, mais surtout en incorporant son discours à des productions méticuleuses et un songwriting enchanteur. Sa créativité et la finesse de son approche manqueront autant que l’inspiration qu’il suscitait.

Les causes de sa disparition, annoncée par Record Makers hier, n’ont pas été partagées. Depuis, des artistes rendent hommage à Cola Boyy via des posts sur leurs réseaux sociaux, de The Avalanches à Nicolas Godin ou Chromeo. Matthew Urango venait de terminer son deuxième album, qui viendra mettre un point final tristement prématuré à sa discographie.

Shigeichi Negishi, père du karaoké, est mort

Par : Théo Lilin
18 mars 2024 à 11:41

Il est indirectement à l’origine de très mauvaises interprétations des Démons de minuit, un samedi soir sous trois grammes au bar dansant du coin ou à la fin d’un mariage arrosé. Shigeichi Negishi, inventeur du tout premier karaoké, est décédé le 26 janvier dernier, a-t-on appris dans un article du Wall Street Journal, sous la plume d’un certain Matt Alt. Ce dernier, auteur du livre Pure Invention : How Japan Made the Modern World (2021), avait récemment rencontré l’ingénieur japonais, dont la popularité de l’invention a largement fait de l’ombre à son nom, inconnu du grand public.

I took this video of karaoke inventor Shigeichi Negishi in 2018, when @Matt_Alt interviewed him for the book "Pure Invention: How Japan Made the Modern World." I remember how happy Mr. Negishi was showing off his Sparko box. This video still makes me smile. 🧵 pic.twitter.com/AflgWkLm1L

— Hiroko Yoda (@Ninetail_foxQ) March 16, 2024

Héros de l’ombre

Dans l’article du WSJ, Matt Alt raconte sa rencontre avec l’inventeur du karaoké, lequel lui aurait dévoilé comment lui est venue son idée. C’est en 1967, à Tokyo, où il est à l’époque dirigeant d’une entreprise d’électronique, que l’un des employés de Shigeichi Negishi lui fait remarquer qu’il n’est “pas un très bon chanteur”. Songeur, le mélomane se demande : “et si on pouvait entendre ma voix sur une bande-son ?”.

Ni une ni deux, Negishi branche alors un micro et un haut-parleur à un magnétophone à cassettes, et crée un prototype, la toute première machine Sparko Box, permettant de chanter par-dessus des instrumentaux. Selon les informations du Point, l’inventeur embarquait sa machine à karaoké dans sa voiture pour faire le tour des bars, des hôtels et des restaurants, et promouvoir son invention dans tout le pays. Preuve de l’engouement autour de l’objet, plus de 8000 machines à karaoké se sont vendues entre 1967 et 1975.

Devenu, depuis les années 1980 et 1990, un phénomène mondial, le karaoké a largement dépassé les frontières nippones. Mais pas le nom de Shigeichi Negishi. En 1975, ce dernier arrête la vente de sa machine et, ne l’ayant pas breveté, laisse le champ libre à d’autres entreprises pour parfaire l’invention. Reste que le karaoké est devenu, et reste encore de nos jours, en France comme ailleurs, un sport national.

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